Denis Deumier, directeur supply chain d’Intersport France


Paru dans Logistiques Magazine, N° 309 du 01/05/2016

Logistiques Magazine : Intersport France connaît une forte croissance depuis plusieurs années. Est-ce que la supply chain arrive à suivre?

Denis Deumier : Il faut d’abord rappeler qu’Intersport France est une coopérative de commerçants, pas un groupe intégré. La direction supply chain, qui englobe la logistique, est destinée à optimiser la gestion des stocks chez nos sociétaires, qui restent libres de leurs choix. À la création de cette direction, il y a deux ans et demi, nous sommes passés d’une logique de flux poussés, quels que soient le niveau des ventes et la météo, à une logique de flux tendus, avec un réassort automatique dans le but d’optimiser la trésorerie des adhérents. Mais nous ne pouvions pas passer ce cap avec notre système d’information de l’époque, Movex, limité dans sa puissance de calcul. Nous avons donc lancé le projet SAP (solution Hana), pour un investissement compris entre 10 et 12 millions d’euros. La première étape, terminée en septembre 2015, a permis de fermer l’ancien système et de mettre en place le nouveau avec l’aide de l’intégrateur PM, clé dans la réussite de ce passage sensible, car il comprend l’intégration des magasins dont une partie peut avoir des systèmes d’information anciens.

L. M. : Comment vous y êtes vous pris pour convaincre des adhérents qui avaient connu des perturbations lors de l’installation de SAP chez Adidas ou Quiksilver, leurs fournisseurs ?

D. D.: Nous avons eu une approche bon père de famille. Nous avons loti le projet, avec dans un premier temps l’implémentation d’une version proche du standard que nous faisons maintenant évoluer.

L. M.: Ce nouveau système change quoi pour les magasins et la centrale Intersport ?

D. D. : Le calcul du réassort automatique des magasins ne prend plus que 12 minutes contre toute une nuit auparavant. La centrale ne peut pas imposer de réassort automatique au magasin, mais elle le lui propose. Et puis, tous nos produits ne sont pas en mode réassort automatique. Nous avons déployé notre nouveau système en priorité sur notre tronc d’assortiment commun (natation et running), ainsi que sur les produits permanents. Nous avons fait un pilote sur le cycle, car il y a peu de références et nous n’avons que nos marques propres. Nous sommes ainsi passés de six mois de stock en magasin à deux mois, et nous allons vers les 40 jours. Dans le même temps, le chiffre d’affaires a progressé de 20 %, bien plus que le marché. Nous n’avons pas encore d’indicateur pour le taux de rupture/taux de disponibilité des produits en magasin, mais nous comptons le mettre en place très rapidement.

L. M.: Comment fonctionnez-vous en entrepôt pour accompagner ce nouveau pilotage ?

D. D. : Nous avons fait le choix de conserver un entrepôt à Saint-Vulbas, près de Lyon. Mais début 2017, nous allons en ouvrir un second tout près de là, pour avoir la capacité nécessaire à la poursuite de la forte croissance du groupement et à l’augmentation des flux centralisés, qui doivent passer de 40 à 65 % d’ici 2-3 ans quant aux livraisons directes en magasins assurées par nos fournisseurs.

L. M.: Quelles sont les prochaines étapes de ce processus d’adaptation de votre supply chain ?

D. D. : Nous sommes en train d’étendre le réassort automatique à la totalité des produits permanents. Et nous nous préparons au cross-canal, avec le déploiement d’Intersport France vers l’e-commerce. Notre objectif est de répondre aux attentes des clients, de leur fournir les produits attendus là où ils le souhaitent, que ce soit en magasin ou à domicile, c’est à nous de nous adapter pour répondre à leurs attentes et non l’inverse. Cela veut dire que nous n’allons pas créer d’entrepôt dédié uniquement aux ventes en ligne. Intersport a démarré l’e-réservation, le click and collect est pour courant 2016, et la vente en ligne pour 2017.

Propos recueillis par Houda Ghaebi.